Blog

Légendes écossaises et berrichonnes

De nombreux évènements survenus au cours des siècles passés ont permis de faire naître en France une véritable amitié avec nos voisins écossais.

On peut citer par exemple l’Auld Alliance signée par Philippe le Bel et John Bailliol, l’aide apportée aux rois de France par les archets écossais pendant la guerre de cent ans, la double nationalité accordée à nos amis d’outre-manche par le dauphin, futur François II, l’accueil que les Jacobites trouvèrent en France lorsqu’ils furent chassés de leur pays au 18ème siècle.

Il est intéressant également de constater les ressemblances qui existent dans les mythes et les légendes qui peuplent l’imaginaire des Scots et des Berrichons. Les origines celtes de nos deux populations expliquent sans doute cela.

 En Écosse, “The Bogle” désigne un fantôme ou encore un esprit farceur qui ressemble à notre lutin ou farfadet berrichon. Le Bogle est farceur. Il aime surprendre et effrayer les humains sans leur faire vraiment du mal.

On le connaît également sous le nom de « Jack-o’-lanthorn » (Jack à la lanterne) « Friar rush » (le moine pressé) ou bien encore « Robin Goodfellow» (Robin le bon copain) dans les récits des légendes écossaises.

Dans son poème « Tam o’ Shanter » Robert Burns raconte la mésaventure arrivée à ivrogne surprenant en pleine nuit au retour d’une journée bien arrosée, un groupe de sorcières et de démons dansant au son des bag pipes, le piper étant diable lui-même !… Lorsque la présence de notre fêtard est découverte, toutes ces créatures infernales se lancent à sa poursuite. Il échappera de peu à un sort funeste, l’une des sorcières réussissant même à toucher la queue de son cheval !

On trouve aussi ce personnage dans la littérature britannique sous le nom de « puck », comme dans  « le songe d’une nuit d’été » de Shakespeare.

Voici une petite histoire sur l’esprit farceur de ces lutins du folklore écossais :

Cette fois-ci, il s’agit d’un « Shellycoat » (dont le manteau est couvert de coquillage), car il fréquente les rivières et les torrents.

« Deux hommes en pleine nuit approchaient les rives de l’Ettrick, petite rivière située au sud d’Edinburgh près de la frontière anglaise. Ils entendirent soudain une voix plaintive venant de l’eau et qui répétait : « A l’aide, à l’aide ! ». On pouvait penser qu’elle provenait d’une personne en train de se noyer. A leur grand étonnement, au fur et à mesure qu’ils progressaient vers l’amont, les cris semblaient également remonter le courant. Ils continuèrent cependant à suivre les appels et arrivés à la source de la rivière, ils constatèrent alors que les cris redescendaient de l’autre côté de la montagne. Déçus et fatigués Ils stoppèrent leur poursuite.

A peine avaient-ils fait demi-tour qu’ils purent entendre le « Shellycoat » applaudir et partir dans de grands éclats de rire.

Sa mauvaise farce avait réussi. »

D’après Scottish Myths and legends (sur proposition et mise en forme de Pierre).

Pour compléter, voici quelques références de livres portant sur les mythes et légendes écossaises ainsi que sur les divinités celtes:

Scottish Urban Myths ans Ancient legends – Sheena Blackhall & Grace Banks- 2014 (ISBN 978-0-7509-5622-2)

The Lore of Scotland –  Jennifer Westwood & Sophia Kingshill – 2011 (ISBN 978-0-995-4716-7)

Dieux et héros celtes – Marie-Louise Sjoestedt – 2009 (ISBN 978-2-84362-393-6

Enfin, vous trouverez ici un livre électronique gratuit des légendes rustiques de Georges Sand.

Recettes de cuisines écossaises

QUEEN MARY’S TART

On dit que c’était le dessert préférée de Marie Stuart. On dit aussi qu’elle n’aimait pas les desserts à la cerise et qu’elle aimait beaucoup le Dundee cake.

Ingrédients :

Pâte feuilletée

Confiture d’orange ou d’abricot, 3 ou 4 cuillerées. Si votre confiture est épaisse, vous aurez du mal à l’étaler et votre tarte sera vraiment trop sucrée

85 gr de beurre très mou

85 gr de sucre en poudre

3 œufs battus

115 gr d’amandes en poudre (si le sachet fait 125 gr, vous pouvez tout mettre)

1 zeste d’orange et 1 zeste de citron, finement râpés. Le citron ajoute une légère amertume.

Le jus d’une demi-orange

85 grammes de raisins de Smyrne

Méthode :

Préchauffez le four à 200°

Garnissez un moule à tarte beurré avec la pâte et piquez la à la fourchette

Étalez la confiture

Battez le beurre et le sucre jusqu’à ce qu’ils soient blanchâtres et granuleux, ajoutez petit à petit et alternativement les œufs et les amandes, puis les zestes, le jus d’orange (La recette indique qu’on peut utiliser du cognac au lieu du jus d’orange) et les raisins secs

Étalez le mélange sur la confiture et mettez au four

Enfournez, au bout de dix minutes, baissez la température à 180°, et continuez la cuisson environ 25 mn.

Servez chaud, tiède ou froid, nature ou avec de la crème fleurette.

 

 

ARBROATH SMOKIE PATE

Arbroath, ville du Nord-est de l’Ecosse, est réputée pour son haddock (zone d’appellation protégée). Le haddock d’Arbroath est déjà cuit, celui que vous trouverez ici aura besoin d’être cuit.

Une légende dit que dans un village proche d’Arbroath, un entrepôt où des tonneaux qui contenaient des églefins salés avaient pris feu et les habitants ont trouvé délicieux les poissons qui avaient échappé à l’incendie. Il est possible aussi que la tradition ait été introduite par les Vikings, car la méthode de préparation est comparable à celle des Norvégiens.

Ingrédients :

1 filet de haddock (on peut aussi utiliser d’autres poissons fumés)

60 gr de beurre fondu

60 gr de fromage à tartiner, (genre Saint-Moret), évitez les fromages plus salés.

Le jus d’un demi-citron (+ou-)

Poivre noir, la recette suggère du piment, baies roses, poivre vert, selon vos goûts.

Persil ou ciboulette, un peu d’aneth, si possible. On peut aussi ajouter des échalotes émincées

Méthode :

Retirez les arêtes et la peau et la peau du haddock que vous avez fait cuire selon votre méthode habituelle. Il vaut mieux retirée les parties fibreuses des harengs, et les parties grises du saumon (moins présentables)

Dans un bol, mélangez les ingrédients à la fourchette et mettez au frais, dans le bol, des ramequins ou des verrines. Ajoutez les herbes au moment de servir.

Il vaut mieux préparer le pâté la veille et le sortir du réfrigérateur 1/2h avant de servir. Il peut se conserver plusieurs jours.

Les 700 ans sous statut de ville royale d’Haddington – 2018

Un peu d’histoire :

On ne sait pas depuis quand il y a une agglomération à l’endroit où se trouve Haddington. Ce lieu a sans doute été peuplé il y a très longtemps car l’East Lothian est la région la plus fertile et la plus ensoleillée d’Écosse. Pour son malheur, elle est facile d’accès et a beaucoup souffert des incursions de « the auld ennemy », les envahisseurs venus du sud. Haddington fut incendiée à plusieurs reprises par les Anglais. Elle est arrosée par la Tyne dont les crues sont fréquentes.

Du temps où la Bretagne (grosso modo l’actuelle Angleterre) était romaine, l’East Lothian était habité par les Pictes, un peuple celte que les Romains redoutaient. Ils les appelaient Picti, les hommes peints car ils allaient au combat tous nus, protégés par leurs peintures de guerre de couleur bleue. La région tient son nom d’un roi picte, Loth qui avait son campement à Trapain Law, une colline à 6 km d’Haddington.

Pendant le Moyen Age, Haddington fut résidence royale à plusieurs reprises. C’est là qu’est né en 1198 le roi Alexandre II. Sa mère, Ermengarde de Beaumont, était française et son père était Guillaume le Lion. La reine Ermengarde était la fille du vicomte de Beaumont (domaine dans l’actuel département de la Sarthe).

Haddington n’était pas une ville épiscopale, mais c’était tout de même un centre religieux important, avec plusieurs églises et des couvents. C’est dans le couvent de femmes situé hors les murs de la ville que le parlement écossais s’est réuni le 7 juillet 1548 et qu’a été signé le traité qui prévoyait les fiançailles de Marie Stuart et du Dauphin français, le futur François II.

Haddington burgh royal :

En Écosse, un burgh royal est une ville à qui les rois d’Ecosse ont accordé une charte garantissant la liberté de leurs citoyens. Les burghs royaux étaient représentés au parlement, ils pouvaient appointer des baillis qui avaient des pouvoirs étendus et présidaient les tribunaux.

Haddington reçut une charte du roi David 1er au début du XIIe siècle. Cette charte favorisait le commerce et faisait d’Haddington une ville de marché. Il semble que l’édit ait été égaré par les édiles de la ville par la suite.

La ville d’Haddington s’est néanmoins vu confirmer son statut de ville royale par Robert the Bruce en 1318. Un tel statut permettait entre-autre d’avoir son propre marché ce qui était économiquement très important.

Quelques liens :

Vous trouverez ici un article sur la charte signée du sceau de Robert the Bruce.

Pour plus d’informations sur les festivités qui se tiennent/tiendront à Haddington dans les mois à venir, vous pouvez lire les articles suivants :

East Lothian Courier – 18 juillet 2017

East Lothian Courier – 18 janvier 2018

Remerciements :

Un grand merci à Catherine Baranger pour sa contribution à ce texte.

 

Concert de piobaireachd à Aubigny

affiche_CeolMor_09_2017

Quelques explications :

Le Piobaireachd  (mot gaélique se prononçant Pî  brore) est la musique classique de cornemuse Écossaise. Bien que son origine soit incertaine, elle a été élaborée à partir de thèmes musicaux chantés et la cornemuse médiévale a été adaptée en Écosse afin de jouer exclusivement cette musique.

Cette musique se compose d’un thème initial qui se décline en ornementations complexes pour revenir à la fin brièvement sur le thème du début.

Les premiers piobaireachd remontent  au 15ieme siècle et furent composés et élaborés par une seule famille, les Mac Crimmon de l’île de Skye qui furent sonneurs héréditaires pendant 350 ans. Phénomène musical unique au monde, ce style d’air particulièrement bien adapté au  mode d’expression typique de la société clanique des Hautes terres d’Écosse se répandit rapidement à l’ensemble de la société Écossaise au point de devenir la référence musicale absolue de la cornemuse.

Le Piobaireachd appelé aussi Ceol Mor (quiolle more) ou grande musique se distingue nettement des autres styles musicaux appelés Ceol Beag (quiolle bègue) ou musique légère comprenant le répertoire de marches, mélodies, danses, et le Ceol Mheadhonach ou musique du milieu caractérisée par des mélodies lentes ou slow air en Anglais.

Il existe trois types de piobaireachd :

  • les Lament ou lamentations jouées pour des circonstances tristes
  • les Salute ou événement martiaux ou guerriers
  • les Gathering ou rassemblement des clans ou de groupes d’individus provenant de clans différents

Les Mac Crimmons obtinrent une telle notoriété que bien qu’employés comme musiciens professionnels au service exclusif d’un chef de clan, ils eurent la permission de créer un école de musique dans l’île de Skye afin d’y former à leur style un grand nombre d’élèves venus de toute l’Écosse. L’apprentissage durait plusieurs années avant d’obtenir son diplôme de sonneur et trouver un emploi au service d’un chef de clan.

Cette méthode d’enseignement de bouche à oreilles, en l’absence de notation musicale officielle, s’est prolongée de maître à élève jusqu’à nos jours si bien que n’importe quel sonneur ayant appris la méthode de piobaireachd est capable de restituer exactement le style tel que le jouait les Mac Crimmon eux mêmes au début du 16ième siècle.

Le programme :

  • Duncan Mac Rae of Kintail’s  Lament : cet air est basé sur une mélodie qui se décline en variations simples. Sûrement un des plus beaux airs à étudier pour aborder facilement le pibroch.
  • Mac Intosh’s Banner : ce morceau inaugure bien le côté Gathering ou rassemblement d’un clan, celui des Mac Intosh en l’occurence, autour de son drapeau ou bannière.
  • His Father’s Lament for Donald Mac Kenzie : ce morceau fut composé par John Ban Mac Kenzie en hommage à son fils, sonneur très prometteur, décédé de la variole à 31 ans, d’où le nom de his father’s lament !  la lamentation du père.
  • The Glen is mine : c’est une pièce apparentée à un Salute  bien que pas officiellement répertoriée dans cette catégorie. C’est une composition d’un Mac Crimmon, voulant rappeler que le vallon qu’il possède (Glen en gaélique) lui a été attribué pour service rendu et qu’elle bien à lui et à personne d’autre.
  • Sir James Mac Donald of the Isles Lament : comme son nom l’indique, c’est un beau pibroch composé pour un chef du clan Mac Donald. La tradition clanique dans les Highlands voulait que l’on célèbre les grands évènements par des compositions musicales spécifiques souvent à la charge du sonneur officiel du clan qui devait à la fois assurer dans un temps très court une nouvelle composition et la jouer de mémoire, véritable tour de force musical quand on connait la difficulté technique d’un pibroch.
  • The Desperate battle of the birds : c’est un pibroch qui ne rentre dans aucune catégorie précise. Cette pièce fut composée par Angus Mac Kay of Gairloch et cherche à retranscrire à la cornemuse écossaise une dispute entre différents oiseaux. Seront joués le thème et les variations les plus représentatives du cri des oiseaux.

La cornemuse (Ebène de Ceylan, ivoire, maillechort) qui sera sonnée a été fabriquée en 1860 par Duncan Mac Dougall (1837/1898), luthier le plus célèbre d’Écosse au 19ème siècle et éminent soliste, lauréat de nombreux concours. L’instrument d’une stabilité remarquable est considéré comme le Stradivarius de la cornemuse écossaise. La firme Mac Dougall dirigée par Duncan et fils  a fabriqué des cornemuses de 1857 à 1910.

Brève présentation d’Yves Tison :

Yves Tison, originaire de Bourges, débute l’étude des instruments de musique classique à vent ainsi que le solfège en 1963. En 1972, il se lance dans l’étude de la musique celtique : bombarde, cornemuse écossaise, biniou koz. Cette spécialité l’amène à entrer dans des formations musicales bretonnes de 1978 à 1989 et il devient champion de Bretagne avec sa formation en août 1989 au Festival Interceltique de Lorient.

Fin 1989, il fonde à Paris le Paris & District Pipe Band, formation écossaise rassemblant écossais, irlandais et bretons résidant dans la capitale. Il anime dans le même temps la Caledonian Society of France ainsi que l’Ambassade de Grande-Bretagne en tant que sonneur officiel de 1989 à 1997.

Muté en région Centre début 1998, il est mandaté par la Mairie d’Aubigny sur Nère pour organiser et former le pipe band de la ville jusqu’en 2000. Depuis cette date, il se consacre à des stages en tant que formateur, à des concours comme juge et à des conférences-animations historico musicales portant principalement sur la cornemuse écossaise.